Histoire

photo historique rue saint-sylvestre

Saint-Sylvestre est la plus au sud des 18 municipalités de la MRC de Lotbinière, dans la région administrative de Chaudière-Appalaches. Notre municipalité est une des deux seules (avec Saint-Patrice-de-Beaurivage) qui se trouve entre monts et vallées, sur les premiers contreforts de la chaîne des monts Notre-Dame, dans les Appalaches.

C'est d'ailleurs sur notre territoire que nous retrouvons les deux montagnes les plus élevées de ce coin de pays: le mont Handkerchief (altitude d'environ 2 000 pieds ou 615 mètres) et le mont Sainte-Marguerite (ou "mont Radar") (altitude d'environ 2 225 pieds ou 685 mètres).

En tout temps de l'année, la beauté de nos paysages nous émeut. Le jaune, le rouge et l'orange des érablières en automne nous réchauffent le cœur malgré l'air frisquet. En été, les damiers des champs labourés, en foin, en culture de maïs, en prairie ou en jachère nous étonnent lorsque nous les apercevons étalés dans tous les sens aux creux, sur les flancs ou sur les sommets de nos montagnes. Au printemps, nous nous enchantons de l'éveil de la nature, qui murmure dans nos érablières alors que l'eau d'érable s'écoule vers la cabane à sucre où elle sera transformée en sirop. À l'hiver, les tapis blancs de la neige qui recouvrent parfois d'une grande épaisseur nos terrains, nos bâtiments et nos routes, nous forcent à ralentir et nous incitent à la méditation et à la réflexion.

La seigneurie de Beaurivage fut la dernière des dix seigneuries du territoire de Lévis-Lotbinière à être concédée. Le 1er avril 1738, elle est attribuée à M. Gilles Rageot, négociant de Québec, par le gouverneur de l'époque, le marquis de Beauharnois.

La seigneurie est vendue en 1782 à M. Alexander Fraser, pour la somme approximative de 2 000 dollars. Le nouveau propriétaire est un ancien capitaine du 84e régiment d'infanterie de l'armée anglaise et déjà seigneur de la Martinière et de Vitré, seigneuries voisines de la Beaurivage. Le seigneur Alexander Fraser donne la seigneurie de Beaurivage à son petit-fils, Walter Davidson, le 25 juin 1791. Ce garçon est âgé d'à peine 10 mois au moment de la donation, c’est donc son père, M. Arthur Davidson, avocat à Montréal, qui administre la seigneurie jusqu’en 1807.

En 1810, le gouverneur James Craig fait construire par l’armée la route qui portera son nom et qui deviendra une voie importante reliant Québec et Boston (portion de l’actuelle route 269). Son intention, non cachée, est d’attirer ici les colons loyalistes des États-Unis. En 1815, au moment où les demandes d'amélioration du chemin de Craig sont nombreuses, des habitants de Sainte-Marie en Beauce adressent une requête aux commissaires de la voirie afin qu'un lien routier soit construit entre leur paroisse et le chemin. Le projet est rapidement accepté et une route d'une longueur de 12 milles est construite (portion de l’actuelle route 216). D'abord route d'hiver, le nouveau chemin devient carrossable pour la période estivale dès l'été 1817.

En 1819, à la demande du seigneur Davidson, l'arpenteur Demers divise en lots le territoire le long du chemin de Craig dans le secteur de ce qui deviendra Saint-Sylvestre. Dès 1820, une cinquantaine de lots sont concédés aux nouveaux pionniers. En 1821, l'arpenteur Demers poursuit son travail le long du chemin de Sainte-Marie, qui deviendra les rangs Sainte-Marie Ouest et Beaurivage. Il lotit ensuite la route du Moulin et le rang Saint-Patrice.

En 1825, après la mort accidentelle de M. Walter Davidson, son beau-frère, M. David Ross, acquiert la seigneurie de Beaurivage. Comme son prédécesseur, il favorise l’établissement de nouveaux colons dans la seigneurie. Son fils, Arthur Ross, en hérite à son tour et fait construire, vers 1845, le manoir qui porte son nom dans l’actuelle paroisse de Saint-Patrice.

Les colons qui sont venus s'installer sur le territoire de ce qui deviendra Saint-Sylvestre sont de diverses origines : canadienne-française, irlandaise, écossaise, anglaise et allemande. Certains d'entre eux proviennent du territoire adjacent de Saint-Gilles, d'autres arrivent de la région de Québec, enfin certains pionniers sont des immigrants en provenance des vieux pays. On relate que le paysage de montagnes et de vallons rappelait aux immigrants anglophones les paysages de leurs pays d’origine.

L’abbé Michel Dufresne, alors curé de Saint-Nicolas, desservant les missions environnantes jusqu’aux « petites montagnes » depuis 1822, adresse à Mgr Panet une demande pour constituer en paroisse ces colons résidants dans la région la plus éloignée de sa cure. La paroisse de Saint-Sylvestre est érigée canoniquement le 26 novembre 1828 et ses registres sont ouverts en 1829. Cette nouvelle paroisse compte 1000 lots; 581 concédés et occupés par 700 habitants, dont 475 sont catholiques. La première chapelle est construite en 1831.

La tradition rapporte que le nom de Saint-Sylvestre fut donné à la paroisse à cause de son éloignement. À l’époque, ses lots semblaient être le bout du monde de la colonisation. L'archevêque de Québec, monseigneur Plessis, dans une lettre qui remonte à 1823, propose alors de lui donner le nom du dernier saint du calendrier, soit Sylvestre Ier, pape de 314 à 335, fêté le 31 décembre, dernier jour de l'année. Ainsi en décida Mgr Panet.

Dans sa totalité, la seigneurie Beaurivage comptait environ 1 500 habitants en 1830.

La municipalité de Saint-Sylvestre est érigée civilement le 11 juillet 1835.

Il n’y a pas que des catholiques sur ce territoire. Entre 1830 et 1850, trois autres chapelles reçoivent les fidèles de foi protestante, anglicane, méthodiste, et presbytérienne.

Le meurtre de Robert Corrigan, en octobre 1855, suite à une dispute lors d’une exposition agricole, a évidemment fait les manchettes dans toute la province.

En 1862, la chapelle catholique fait place à une belle église qui reçoit ses cloches en 1867.

La paroisse de Saint-Patrice est créée et se détache de Saint-Sylvestre en 1871, suivie de Saint-Séverin en 1872.

À la demande de la paroisse, les Sœurs du Bon-Pasteur ouvrent le 15 septembre 1873 le « Petit couvent des Montagnes ». Au fil des ans, l’établissement grandit et on y compte 135 élèves en 1950. Le développement de l’école publique amènera la fermeture du couvent en 1968.

Le 27 mai 1914, le feu détruit l’église construite en 1862. L’année suivante, elle est reconstruite au même endroit, en utilisant une partie des pierres originales. Son clocher reçoit trois nouvelles cloches : un DO pesant 4 300 livres, un MI de 2 100 livres et un SOL de 1 250 livres.

Les préoccupations des résidents des rangs étant souvent différentes de celles des résidents du village, ceux-ci demandent et obtiennent l’incorporation du village en 1919. Les deux entités seront de nouveau fusionnées le 10 avril 1997.

Quelques dates.

1928 : Début de l’électrification.

1937 : Ouverture de la Caisse populaire.

1950 : Construction de la première école centrale.

1951 : Début de la construction de la base militaire du « Radar » qui sera ouverte de 1953 à 1964

1963 : Ouverture de la nouvelle école centrale « L’Astrale ». L’ancienne école sera transformée en salle municipale.

1969 : Ouverture du Foyer Arthur-Caux à l’emplacement du couvent Bon Pasteur, qui a dû être démoli.

1978 : Fêtes du 150e anniversaire de Saint-Sylvestre.

1983 : Ouverture de la bibliothèque.

1995 : Fermeture bureau de poste.

2003 : Fêtes du 175e anniversaire de la municipalité.

2009 : Ouverture du Centre multifonctionnel.

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La naissance et la renaissance de Saint-Sylvestre

La municipalité actuelle de Saint-Sylvestre renaît officiellement le 10 avril 1997, de la fusion de la paroisse et du village de Saint-Sylvestre. Auparavant, la municipalité de la paroisse de Saint-Sylvestre a été formée lorsque la municipalité du village de Saint-Sylvestre s'est détachée du territoire de la grande paroisse initiale, le 7 juillet 1919. La première paroisse de Saint-Sylvestre a été érigée canoniquement le 26 novembre 1828. En 2003, la municipalité de Saint-Sylvestre fêtait fièrement ses 175 ans.


De la Nouvelle-France à la colonie anglaise

Concession de la seigneurie de Beaurivage

En Nouvelle-France, la seigneurie de Beaurivage fut la dernière des dix seigneuries du territoire de Lévis-Lotbinière à être concédée. Le 1er avril 1738, elle est attribuée à Gilles Rageot, négociant de Québec, par le gouverneur de l’époque, le marquis de Beauharnois, et par l’intendant Gilles Hocquart.

Gilles Rageot est le huitième enfant et le huitième fils du notaire Gilles Rageot et de Marie-Madeleine Morin. Il épouse Élisabeth Douaire, le 27 février 1724, à Québec. De cette union naissent 7 enfants dont 4 meurent en bas âge. Gilles Rageot décède à Québec le 19 mai 1754.

Les Rageot, premiers seigneurs

Lorsqu'il prend possession de sa seigneurie, le sieur Gilles Rageot fait d'abord tirer les bornes de son nouveau domaine afin de bien établir les frontières avec les seigneuries de Lauzon, de Gaspé et de Sainte-Croix. Mais faute de temps et de moyens financiers suffisants, le nouveau seigneur ne réussit pas à développer son immense propriété, à ouvrir des chemins et à construire un moulin pour ses censitaires. On pense que c'est surtout pour permettre l'établissement de ses trois fils, Charles, Gilles-Joseph et Louis-Étienne que le sieur Rageot se serait fait concéder la seigneurie de Beaurivage. Cependant, à la mort de ce dernier, en 1754, le développement de la seigneurie a très peu progressé.

Pas plus que leur père, les trois fils Rageot ne réussissent à développer et à faire progresser la seigneurie. Le fils cadet, Charles Rageot, décède en bas âge. L'aîné, Gilles-Joseph Rageot s'engage dans la marine peu avant la guerre de la conquête. En 1758, il devient capitaine de vaisseau et après la perte de la Nouvelle-France par la France au profit de l'Angleterre, il s'installe dans la ville de La Rochelle, dans l'ancienne province d'Aunis, dans la mère-patrie française. Louis-Étienne Rageot, quant à lui, demeure dans la colonie conquise, où il fait quelques tentatives plus ou moins fructueuses pour établir des censitaires sur le territoire de sa seigneurie.

De la famille Rageot à la famille Fraser

Après le décès d'Élisabeth Douaire, l'épouse du sieur Gilles Rageot, en 1779, Gilles-Joseph et Louis-Étienne ne tardent pas à se laisser convaincre de vendre leur seigneurie à un acquéreur anglais. Ils cèdent successivement, le 18 septembre et le 1er octobre 1782, leurs droits sur la seigneurie Saint-Gilles-de-Beaurivage au sieur Alexandre Fraser pour la somme approximative de 2 000 dollars. Le nouveau propriétaire est un ancien capitaine du 84e régiment d'infanterie de l'armée anglaise et déjà seigneur de la Martinière.

Arrivée des premiers colons allemands

Dès le 14 octobre 1783, Alexandre Fraser donne l'ordre à son notaire, maître François-Dominique Rousseau, de préparer des titres de concession pour les 15 colons prêts à s'établir sur les terres de sa nouvelle seigneurie. Ces nouveaux colons, tous des mercenaires d'origine allemande, ont combattu dans l'armée anglaise au moment de la révolte de la colonie américaine contre l'Angleterre et de la tentative des Américains de s'emparer du Canada. Plusieurs d'entre eux sont de religion catholique, comme les «canadiens» qu'ils viennent de protéger contre les envahisseurs américains. Démobilisés quelque temps auparavant, ils ont répondu positivement à l'invitation du seigneur Fraser pour défricher un nouveau territoire.

Voici la liste des 15 colons qui se sont établis sur la seigneurie de Beaurivage, à l'invitation du seigneur Alexandre Fraser :

Jean Leders, Jean Kasman, George Rust, George Ahdenslel, Martin Braunn, Christophe Hesseler, Henry Kremer, Philippe Gehrhart, Conrat Bohdenbinder, Vilhem Hartman, André Rompenheimer, George Leder, Jacob Telle, Christophe (Conrat) Beyer, Antoine Knapp

Les débuts de la colonisation

Le seigneur Arthur Davidson

Le 25 juin 1791, suite au décès accidentel de son propre fils, le seigneur Alexandre Fraser lègue sa seigneurie de Beaurivage à son petit-fils, Walter Davidson. Le petit garçon est âgé d'à peine 10 mois au moment de la donation. Jusqu'à ce qu'il atteigne la majorité, c'est son père, Arthur Davidson, avocat à Montréal, qui s'occupe d'administrer et de faire fructifier l'héritage de son fils. Dès 1791, monsieur Davidson fait construire par Antoine Fréchet, de Saint-Nicolas, un moulin à scie et à farine sur les bords de la rivière Beaurivage.

La route de Saint-Gilles à Saint-Nicolas

En 1791, le grand voyer du district de Québec, Jean Renaud, écrit au capitaine Herlet de Saint-Gilles une lettre décrivant un projet de route entre la seigneurie Saint-Gilles-de-Beaurivage et la paroisse de Saint-Nicolas, sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent, près de la ville de Québec. Il décrit de quelle façon plusieurs habitants de Saint-Gilles lui ont demandé son soutien dans la construction d'un chemin d'une longueur de près de 5 lieues entre les deux communautés.

De façon plus précise, la nouvelle route débuterait à Saint-Gilles, sur le bord de la rivière Beaurivage, puis se dirigerait en direction de Saint-Nicolas. Pour ce projet, le seigneur Davidson se dit prêt à payer une partie des travaux, tandis que les habitants de la seigneurie Beaurivage devront en financer l'autre partie. Afin de concrétiser le projet, les habitants intéressés se réunissent le 22 septembre 1791 chez le notaire Alexandre Dumas et s'engagent par écrit à faire chacun leur part de la route projetée, à la condition que sa construction débute dès le printemps 1792. Vingt habitants signent ou apposent leur croix sur l'acte d'accord.

Avec la collaboration du seigneur de Lauzon, Henri Caldwell, le seigneur Arthur Davidson choisit les meilleurs terrains nécessaires à la construction du chemin au travers de la seigneurie du premier. De plus, le seigneur Caldwell s'engage à céder gratuitement les terrains choisis à la condition que sa contribution se limite à cette seule donation. Enfin, le seigneur de Lauzon permet au seigneur de Beaurivage d'utiliser sans frais tout le bois récolté sur les terrains choisis pour la construction des nombreux ponts.

L'histoire du chemin de Craig et de ses embranchements

L'histoire du chemin de Craig débute vers 1806 alors que Joseph Frobisher, fondateur de la Compagnie du Nord-Ouest, fait exécuter, à ses frais, un premier tracé de la route par l'arpenteur Joseph Kilbourne. Malgré une souscription lancée dans le but de financer la construction de la route, le projet ne réussit pas à prendre son envol.

On ne peut pas conter l'histoire du chemin de Craig sans faire une courte présentation du gouverneur anglais qui lui a donné son nom. Le 29 août 1807, sir James Henry Craig, chevalier de l'Ordre du Bain et militaire d'expérience, est nommé par le roi « notre capitaine général et gouverneur en chef de nos provinces du Haut-Canada et du Bas-Canada ». À son arrivée à Québec, à la mi-octobre 1807, il séduit plusieurs notables de la province, dont l'évêque de Québec, monseigneur Plessis. Ce dernier décrit Craig comme un homme « doux et fort honnête ». Le 24 novembre 1807, le gouverneur Craig prononce un pardon royal en faveur des « Canadiens français » du Bas-Canada qui ont été emprisonnés pour avoir résisté à l'Acte de milice, c'est-à-dire au recrutement dans la milice de la colonie ayant pour mission de combattre éventuellement contre l'envahisseur américain. Au début de son gouvernement, par certains de ses écrits et par les actes qu'il pose, Craig semble tout à fait bien disposé envers ses sujets « canadiens français » du Bas-Canada, descendants des colons de la Nouvelle-France.

Alors que son faible état de santé ne lui permet plus de diriger le Haut-Canada et le Bas-Canada, James Henry Craig confie, le 19 juin 1811, la gouvernance du Bas-Canada à Thomas Dunn et s'embarque pour l'Angleterre, sur la frégate Amélia. Le gouverneur quitte son poste et ses fonctions dans la colonie, très probablement déçu et amer face à l'attitude des Canadiens d'origine française et de religion catholique devant la couronne britannique et le pouvoir anglais. Dans les mois qui précèdent son départ et suite aux différends qu'il a connus avec le parlement du Bas-Canada, le clergé catholique et une partie du peuple « Canadien français », il écrit dans une lettre adressée aux autorités britanniques, une sorte de bilan de sa période de gouvernance. Cette lettre dit notamment :

«... De ces 250 000 âmes, 20 000 ou 25 000 sont d'origine anglaise ou américaine, et le reste de cette population est français. Je me sers du mot français intentionnellement, milord, parce que je veux dire que par la langue, la religion, l'attachement et les coutumes, il est complètement français, qu'il ne nous est attaché par aucun autre lien que par un gouvernement commun; et que, au contraire, il nourrit à notre égard des sentiments de méfiance, de jalousie et d'envie, et je n'irais pas trop loin en ajoutant des sentiments de haine. [...] Je considère que cette hostilité des Canadiens à notre égard est si répandue que j'en découvre bien peu dans toutes les parties de la province que je passe en revue attentivement, qui ne soient pas sous l'empire de ce sentiment; la ligne de démarcation entre nous est complète. L'amitié et la cordialité font défaut, et l'on constate à peine les rapports ordinaires. Les basses classes de la population se servent du mot « Anglais » pour mieux exprimer leur mépris, tandis que les gens au-dessus du vulgaire avec lesquels il se faisait autrefois un échange de civilités sociales, se sont complètement éloignés depuis quelque temps. La raison présentée comme excuse, c'est que leurs moyens ont diminué graduellement à mesure que les nôtres ont augmenté. Cet état de choses a pu avoir quelque effet, mais on a remarqué aussi que cet éloignement s'est manifesté davantage dès que leur influence avait plus de poids en Angleterre.»

Se sentant de plus en plus malmené par les Canadiens français du Bas-Canada, James Craig aurait développé rapidement l'idée de noyer la population de langue et d'origine française, et catholique, dans une mer de nouveaux colons d'origine anglaise et bons sujets de Sa Majesté. Pour ce faire, il voulait favoriser l'établissement des loyalistes, ces colons en provenance des États-Unis, nation nouvellement indépendante, dans les «Eastern Townships». Pour le gouverneur, la construction d'une nouvelle route, le futur chemin de Craig, lui permettrait d'atteindre son objectif, c'est-à-dire de rapprocher les colons anglais des Cantons de l'Est déjà établis le long de la frontière américaine, du cœur de la province, et de favoriser l'établissement de nouveaux colons d'origine anglaise.

En 1810, le gouverneur Craig soumet au gouvernement du Bas-Canada, formé surtout de députés « Canadiens français », une demande d'aide afin de concrétiser rapidement le projet de chemin conçu en 1806. Il essuie cependant un refus de ce gouvernement puisque la députation craint que la nouvelle route puisse servir éventuellement de porte d'entrée aux envahisseurs américains et souhaite éviter que cette entreprise ne devienne un instrument d'assimilation de la population française.

Afin de contourner ce refus, à la fin de juillet 1810, James Craig confie l'exécution des travaux de construction de la route à un contingent de militaires formé d'environ 200 hommes, sous les ordres du quartier-maître général J. Rempt et du major Robinson. Après seulement trois mois, et ce malgré des difficultés inattendues et une température parfois difficile, le chemin d'une longueur de 75 milles est complété. Il permet la circulation de voitures de Québec à Shipton, dans le district de Trois-Rivières. Généralement d'une largeur de 15 pieds, il est parsemé de 120 ponts de différentes grandeurs dont 80 enjambent des ruisseaux et des rivières d'une bonne largeur.

Dès le mois de janvier 1811, un service de diligence est organisé entre Québec et Boston. Ce service est maintenu tant bien que mal durant plusieurs années, de façon plus ou moins continue, et ce malgré la guerre de 1812 avec les Américains et la détérioration rapide du chemin de Craig et les difficultés éprouvées pour l'entretenir.

En 1815, à l'époque où les demandes d'amélioration du chemin de Craig sont les plus nombreuses, des habitants de Sainte-Marie en Beauce adressent une requête aux commissaires de la voirie afin qu'un lien routier soit construit entre leur paroisse et le chemin. Le projet est rapidement accepté, une somme de 250 livres est accordée pour payer les travaux et la route d'une longueur de 12 milles est construite. D'abord route d'hiver, le nouveau chemin est rendu carrossable pour la période estivale dès l'été 1817. Entre 1829 et 1832, une nouvelle route, le chemin Gosford, est planifiée, subventionnée et construite par les autorités de l'époque afin d'améliorer la circulation routière entre la seigneurie de Saint-Gilles-de-Beaurivage et Maple Grove, au sud du lac Williams. Le nouveau chemin rejoint le chemin de Craig près de Tingwick.

Avec la présence des chemins de Craig, de Sainte-Marie et Gosford, tout est en place pour la naissance de Saint-Sylvestre. Il ne manque plus que les nouveaux colons prêts à défricher les terres rendues accessibles.

Le seigneur Walter Davidson et l'établissement de nouveaux colons

Arthur Davidson, le père de Walter, l'héritier du seigneur Alexandre Fraser, décède en 1807. Sauf pour la construction du moulin à scie et du moulin à farine sur le territoire de Saint-Gilles, près de la rivière Beaurivage, Arthur Davidson n'a pas vraiment réussi à faire avancer la colonisation du territoire de la seigneurie de Beaurivage.

En 1807, le nouveau seigneur, Walter Davidson, vient d'avoir 17 ans puisqu'il est né en 1790. À partir de ce moment, tout en profitant de l'essor donné au développement du territoire qu'occupe sa seigneurie par l'ouverture du chemin de Craig en 1810 et par l'ouverture du chemin de Sainte-Marie en 1815, il intensifie la concession des lots aux colons qui veulent défricher une nouvelle terre. Entre 1811 et 1820, le seigneur Davidson concède 72 lots dans le secteur de Saint-Gilles.

En 1819, à la demande du seigneur Davidson, l'arpenteur Demers divise le territoire le long du chemin de Craig, dans le secteur de ce qui deviendra Saint-Sylvestre, en nouveaux lots. Dès 1820, une cinquantaine de lots sont concédés aux nouveaux pionniers et en 1821, une vingtaine d'autres lots s'ajoutent.

En 1821, l'arpenteur Demers poursuit son travail et arpente le territoire le long du chemin de Sainte-Marie (ce qui deviendra le rang « Sainte-Marie Ouest – Beaurivage »). Il subdivise le tout en nouveaux lots qui, pour plusieurs, seront concédés à de nouveaux colons dès cette année. L'arpenteur poursuit son travail de division en lots dans la même année, pour la route du Moulin et pour le rang Saint-Patrice.

Les colons venus s'installer sur le territoire de ce qui deviendra Saint-Sylvestre sont de diverses origines : «canadienne française», irlandaise, écossaise, anglaise et allemande. Certains d'entre eux proviennent du territoire adjacent de Saint-Gilles; d'autres arrivent de la région de Québec; enfin certains pionniers sont des immigrants en provenance des vieux pays d'Europe.

Colonisation du territoire de la paroisse de Saint-Sylvestre

Dès la première moitié du XIXe siècle, le territoire de la paroisse de Saint-Sylvestre est pénétré par un chemin, une route, 15 rangs et une concession. Ces 18 voies de colonisation sont ouvertes en trois étapes sur une période de 16 ans, de 1819 à 1835.

Première étape de la colonisation du territoire

La première étape correspond à la période se situant entre 1819 et 1827, qui se situe avant l'érection canonique de la paroisse. Durant cette période, des colons de diverses origines commencent le défrichement et le peuplement des sept premiers rangs de Saint-Sylvestre.

Nom du chemin, de la route ou du rang et date d'ouverture :  

Chemin de Craig, en 1819
Rang Beaurivage ‐ Sainte‐Marie Ouest, en 1821
Route du Moulin, en 1824
Rang Saint‐Jean, en 1825
Rang Saint‐Patrice, en 1825
Rang des Chutes, en 1826
Rang Saint‐David, en 1827

Seconde étape de la colonisation du territoire

Durant la seconde étape, qui correspond aux deux premières années d'existence officielle de la paroisse, en 1828 et en 1829, six autres rangs sont ouverts par de nouveaux colons.

Nom du chemin, de la route ou du rang et date d'ouverture :

Rang Saint‐André, en 1828
Rang Saint‐José, en 1828
Rang Sainte‐Catherine, en 1829
Rang Saint‐Pierre, en 1829
Rang Saint‐Charles, en 1829
Rang New Belfast, en 1829

Troisième étape de la colonisation du territoire

Enfin, durant la troisième étape, qui correspond aux années 1832 à 1835, une concession et quatre autres rangs sont ouverts à colonisation.

Nom du chemin, de la route ou du rang et date d'ouverture :

Rang Sainte‐Marguerite, en 1832
Rang Saint‐Frédéric, en 1832
Rang Fermanagh, en 1833
Rang Saint‐Paul, en 1835
Concession Monoghan, en 1835

Colonisation du « Chemin de Craig »

La colonisation du chemin de Craig débute en 1819 avec l'arrivée d'un colon d'origine canadienne-française, Louis Boivin. Il est le premier à s'approprier l'un des 128 lots disponibles à la colonisation, de part et d'autre du chemin. L'année suivante, en 1820, au moins 35 nouveaux colons viennent défricher 56 nouveaux lots et s'installent. La colonisation du Chemin de Craig se poursuit en 1821 avec l'arrivée de 12 nouveaux colons qui viennent défricher leur nouvelle terre. Des colons installés l'année précédente acquièrent 3 nouveaux lots à défricher. Ce sont donc 15 nouveaux lots qui sont concédés durant cette année.

Dès 1822, la colonisation du «Chemin de Craig» ralentit énormément puisque 74 des 128 lots (environ 58% des lots) initialement disponibles sont occupés. Durant la période se déroulant entre 1822 et 1827, 8 nouveaux colons viennent s'établir.

De 1828, année de l'érection canonique de la paroisse de Saint-Sylvestre, jusqu'en 1839, la colonisation du chemin de Craig se termine avec l'arrivée des 23 derniers défricheurs. Pour connaître de façon plus détaillée la colonisation du chemin de Craig, vous pouvez consulter, à la suite des sources documentaires plus bas, l'histoire de ce chemin.

Colonisation du « Rang Beaurivage - Sainte-Marie-Ouest » et du futur village

La colonisation du « Rang Beaurivage - Sainte-Marie-Ouest » débute en 1821, deux années après le début de la colonisation du Chemin de Craig. Au fil des ans, ce rang devient la principale artère de Saint-Sylvestre puisqu'il est aussi la principale rue du village. C'est le rang le plus peuplé actuellement, en incluant le tronçon routier qui traverse le village (rue Principale).

Colonisation de la Route du Moulin

La colonisation de la «Route du Moulin» débute en 1825, six années après l'ouverture du Chemin de Craig. Ce rang prend naissance au milieu du village actuel et se dirige vers Saint-Patrice-de-Beaurivage.

Colonisation du Rang Saint-Jean

L'ouverture du « rang Saint-Jean » se fait en 1825, au moment de l'installation des premiers colons. Ce rang est créé six années après l'ouverture du chemin de Craig. Actuellement, du côté de Saint-Sylvestre, le rang Saint-Jean débute à la jonction des routes Clark et Cyr et se poursuit jusqu'au rang Saint-David, à Saint-Patrice-de-Beaurivage.

Colonisation du Rang Saint-Patrice

Les premiers colons à venir s'installer sur le « rang Saint-Patrice » arrivent en 1825, six années après l'ouverture du chemin de Craig. Actuellement, le rang Saint-Patrice fait partie de la municipalité de Saint-Patrice-de-Beaurivage. Il débute au milieu du village de Saint-Patrice-de-Beaurivage et se termine à l'intersection du rang Saint-Jean.

Colonisation du Rang des Chutes

La colonisation du « rang des Chutes » débute en 1826, sept années après l'ouverture du Chemin de Craig. Actuellement, le rang des Chutes débute à la sortie du village de Saint-Patrice-de-Beaurivage en poursuivant la rue Principale. Le rang des Chutes prend fin à l'intersection (aux « Quatre Chemins ») du chemin de Craig et de la route du Petit-Lac.

Colonisation du Rang Saint-David

L'ouverture du « rang Saint-David » se fait en 1827, par l'arrivée et l'installation de ses premiers colons. Ces événements se produisent huit années après l'ouverture du Chemin de Craig.

Références:

Saint-Sylvestre se raconte: 1828-1978, par « Le comité de recherches historiques sous la direction de Julien Bilodeau, historien », 1978, 822 pages. (Disponible au bureau municipal)

Saint-Sylvestre se raconte 1978 à 2003, Collectif, Comité du Livre Souvenir du 175e anniversaire de Saint-Sylvestre, 2003, 445 pages. (Disponible au bureau municipal)

Fiche toponymique Municipalité Saint-Sylvestre, Banque de noms de lieux du Québec, Commission de toponymie du Québec, http://www.toponymie.gouv.qc.ca/ct/ToposWeb/fiche.aspx?no_seq=324645

Dictionnaire biographique du Canada en ligne, © 2000 University of Toronto/Université Laval :

Fiche de Robert Corrigan,

http://www.biographi.ca/009004-119.01-f.php?id_nbr=3840

Fiche d’Alexander Fraser,

http://www.biographi.ca/009004-119.01-e.php?&id_nbr=1893&&PHPSESSID=ychzfqkvzape

The Fraser-McCord Connection, Articles by Marie Fraser of Canada,

http://www.electricscotland.com/canada/fraser/mccord.htm

La belle histoire de Lotbinière, conception et rédaction des textes, Denis Gauthier, Jeannine Labonté, Éditeur : ABC Lotbinière, Saint-Flavien, Québec, 2001.

Villages et visages en Lotbinière, Présence irlandaise, Collectif, Société patrimoine et histoire des seigneuries de Lotbinière, 2010, 63 pages.

Sources documentaires

Les textes de cette section du site sur la municipalité de Saint-Sylvestre ont été écrits après avoir consulté la documentation suivante:

- Bilodeau, Julien et collaborateurs, http://www.st-sylvestre.org/books.php St-Sylvestre se raconte : 1828-1979, Municipalité de St-Sylvestre éd., Québec, 1978, 822 pages;

- Lacoursière, Jacques, Histoire populaire du Québec II - De 1791 à 1841, Club Québec Loisirs Inc. éd., Québec, 1997, 447 pages;

- Raymond, René, Philippe Rageot, prêtre missionnaire 1678-1711, René Raymond éd., Kamouraska, Québec, 1984, 284 pages;

- Samson, Roch et collaborateurs, Histoire de Lévis-Lotbinière, Institut québécois de la recherche sur la culture éd., coll. Les régions du Québec 8, Sainte-Foy, Québec, 1996, 815 pages.


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